Chapter 3
La question de la spatialisation
Percevoir le monde permet de se situer par rapport à son environnement.
La vision stéréoscopique nous permet par exemple de savoir où sont placés les
objets12.
C'est ce qu'on appelle la spatialisation.
Mais privé de la vue, un individu peut-il développer de nouvelles modalités perceptives qui
permettent tout de même une constitution de la spatialisation ?
C'est ce que montre le travail de Charle LENAY [14].
En équipant des aveugles de dispositifs de couplage sensori-moteurs de type cellule
photoélectrique connectée à un stimulateur tactile sur un doigt, on observe à l'issue d'une
certaine période d'adaptation la naissance d'une nouvelle modalité sensorielle qui permet
de ressentir la présence ou non d'objets.
La spatialisation naît alors de l'action : l'aveugle éloigne le doigt de son corps afin
d'obtenir plusieurs points de vue (une stéréo-perception est donc possible par le biais d'un
processus cognitif).
Il peut aussi explorer l'environnement par rotation ou par translation, et comme on reconnaît
une trajectoire dans un mouvement, l'aveugle peut, par mémorisation des états successifs,
reconnaître des formes ou des objets.
En restant passif, un individu équipé de ce système serait incapable de percevoir son
environnement.
C'est bien l'action qui lui permet d'utiliser un dispoditif technique simple pour se forger
un nouvel espace perceptif, l'action est donc constitutive de la perception.