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5.2  La cécité

Les aveugles (sujets n'ayant aucune perception visuelle) et les malvoyants (dont l'acuité visuelle est inférieure à 1/20 ou dont le champ visuel est inférieur à 10° pour chaque oeil) sont considérés comme atteints de cécité [35]. Pour simplifier le discours, nous parlerons simplement des aveugles.

En opposition au daltonisme, la cécité est un handicap fort. Il laisse 70 % des personnes qui en sont touchées au chômage. Mais privé de sa vue, l'aveugle développe-t-il plus ses autres sens comme on pourrait aisément l'imaginer ? Il s'avère effectivement que certains aveugles ont un goût particulièrement raffiné ou une ouïe excellente, mais la plus remarquable des différences par rapport aux personnes ne souffrant pas de cécité est le plus souvent une grande capacité de mémorisation et de concentration. Ne pouvant voir l'environnement qui l'entoure, l'aveugle est contraint de s'en faire une représentation mentale la plus précise possible. Ainsi, à l'aide de ses quatre autres sens, il se forge une vision intérieure du monde. Des aveugles affirment même voir à leur façon. On pourrait s'avancer à dire qu'un aveugle voit comme un voyant dans un rêve, par le biais d'une représentation mentale15. Un voyant peut se repérer en temps réel dans son environnement, il en a une vision immédiate. Or, un aveugle ne peut percevoir que ce qu'il a à sa proximité. C'est dans ce cas qu'il est nécessaire de mémoriser chaque lieu, chaque trajet ou chaque environnement sonsore. Ainsi, dans des situations où la vision est inutile16, les aveugles s'avèrent le plus souvent très performants.

Dans la représentation mentale du monde qu'a l'aveugle, les processus cognitifs comme la reconnaissance de formes ne se font donc pas au même niveau. Il faudra, tout comme pour reconnaître une trajectoire, mémoriser des sensations tactiles successives pour pouvoir percevoir une forme. Il en est de même pour la spatialisation, il faudra prendre de nombreux repères successifs pour arriver à une représentation spatiale de son environnement.

Lorsque les autres sens viennent compenser une vision nulle ou presque, il ne s'agit pas d'une compensation de la nature [22]. La suppléance des sens n'intervient nullement au niveau physique, mais psychologique 17. Ce phénomène naît de la volonté des non voyants de continuer à mener une vie aussi complète que possible.

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